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Bassatine El Assignments

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TEMOIGNAGES & SOUVENIRS

Septembre 2014

LE PLACEUR EN CHEF – Albert PARDO

L’ENTREPRENEUR DES POMPES FUNEBRES - Albert PARDO

Mai 2014

RAPPELLES-TOI DE TE SOUVENIR - Sam MEZRAHI

JE MESOUVIENS - Sam MEZRAHI

LA FETEDEPESSAH EN EGYPTE – Albert PARDO

CE SOUVENIR D’ALEXANDRIE - Viviane ISK

Janvier 2014

MON EXODE D’EGYPTE A L’AGE DE 9 ANS - David YADID

GROPPI – Reçu de (par ordre d’arrivée) : Jacques SUSSMANN, Magdi MORCOS, César et Clemy PINTO, Lily KHODARA, Germaine LEVY, Albert Soued, Joe CHALOM

Septembre 2013

HOMMAGE A UN ETRE EXCEPTIONNEL

Mai 2013

LE DEPART D’ALEXANDRIE - Joe NINIO :

JE ME RESSOUVIENS... - Albert Pardo

L EZ A B A L - ESTHER VIDAL

DIGRESSION ON JASMINE - Suzy Pirote Vidal

Janvier 2013

MES SOUVENIRS DU CAIRE- Jean Pierre DEBBANE :

LE PETIT GROPPI - Suzy PIROTE VIDAL

MASORTIE D’EGYPTE - Erella AZRIEL

Septembre 2012

SOUVENIRS D'EXCURSIONS CULINAIRES ALEXANDRINES - Iryt GUTER

Mai 2012

TEMOIGNAGE - Lucy & Avraham Calamaro

THE SPORT OF KINGS IN EGYPT FROM 1940S TO 1960S - Joe ROSSANO :

Janvier 2012

MY ENGLISH SCHOOLS - Suzy VIDAL

15 MAY 1948 - Maryse ZEITOUNI

Octobre 2011

SOUVENIRS…SOUVENIRS… - Gisèle KLEIMAN :

LES CIGARETTES DE MA TANTE KAHLA" - Esther Vidal-Mosséri

DESJUIFSASUEZ - Rosa Menasche Haïfa

Juin 2011

SHAREI NAG HAMADI - Joe CHALOM

MES SOUVENIRS D’EGYPTE A LA MACCABI CENTRALE DU CAIRE - Raymond LEVY

AYAM EL KANAKA- Suzy VIDAL

JAMY EN EGYPTE 1947 -1955 – 2009- Jamy TIVOLI

LOUXOR KARNAK LA VALLEE DU NIL ASSOUAN ET ABOU SIMBEL - Jamy TIVOLI

Janvier 2011

LE CHEVALIER BAYARD – Marcel FAKHOURY.

THE LONELY KING WITHOUT A THRONE - Lucette Lagnado

“SIGN HERE” LED TO EXPULSION AND A NEW LIFE - Daisy Gill

CONFITURE DE DATTES A ALEXANDRIE DANS LES ANNÉES 50 - Clemy PINTO

EL HO-NA BEL-LAY - Suzy VIDAL PIROTE :

Aout 2010

A LONELY LEVANTINE SHABBAT - Lucette Lagnado

LE “SOUK EL ATTARINE” AU CAIRE - Elie PATAN :

TEXTE- Joe ROSSANO

SOUCCOT A HELOUAN - Levana ZAMIR

HUMOUR ET NOSTALGIE- Suzy VIDAL PIROTTE

NOS DERNIERS JOURS ENEGYPTE - NAHON Raymond

15 Avril 2010

PARADIS D’ENFANCE A BAB EL LOUK - Joseph N. DIDAY

MY LIFE STORY - Viviane Farhi-Sicouri"

ALEXANDRIE, A L’EPOQUE OU LE MOT ETRANGER N’EXISTAIT PAS - Nadia KHOURI-DAGHER

Décembre 2009

UN ALEXANDRIN A L’HONNEUR - Marcel FAKHOURY

REMINISCENCE - Livnat BITTY

Octobre 2009

MOI JUIVE D”EGYPTE ,ETUDIANTE A PARIS, ARRIVEE LE 26 OCTOBRE 1956.. - Livnat BITTY

LE DRAME A SIMHA TORAH - Joe BELBEL

Aout 2009

HOMMAGE A UN ETRE EXCEPTIONNEL 

Juin 2009

THECHAIR - Edna ANZARUT-TURNER

Avril 2009

LES ÉMIGRES DE 1914-1919 - Levana ZAMIR

LES LIBANAIS D’ÉGYPTE - Nabil SACCAL

28/02/2009

IT WAS AN ORDINARY SHABBAT!- Suzy VIDAL

MA SORTIE D’EGYPTE Septième Partie - Marie Mosseri

LES EMIGRES DE 1914-1919 - Levana ZAMIR

31/12/2008

MA SORTIE D’EGYPTE Sixième Partie - Marie Mosseri

31/10/2008

MA SORTIE D’EGYPTE Cinquième Partie - Marie Mosseri

LES JUIFS DE BULGARIE - Joe NINIO

LES GRANDS MAGASINS DU CAIRE - Levana Zamir

COINCIDENCEPITTORESQUE - Clemy PINTO

31/08/2008

MA SORTIE D’EGYPTE Quatrième Partie - Marie Mosseri

AHLAN WESAHLAN YA HABAYBI MEIN MASR OM EL DONIA- Viviane ISKANDER :

L’ ARRESTATION DE MON PERE- Docteur Lorys-Bitty-BERESSI :

LE DEPART D’ALEXANDRIE- Joe NINIO :

30/06/2008

HOMMAGE A DEUX TRES CHERS AMIS

SOUVENIR D’UNE JEUNE ADOLESCENTE D’EGYPTE -Esther BENGHIAT MUSTACCHI :

MA SORTIE D’EGYPTE Troisième Partie - Marie Mosseri

30/04/2008

HOMMAGE A UN AMI DISPARU : ROGER BOSHI - Elie K Mangoubi

LA GRANDE VISITE - Mimi de Castro

HOMMAGE A MICHEL BONNICI ET CLAUDIO LAFERLA - Marcel FAKHOURY

MA SORTIE D’EGYPTE Deuxième Partie - Marie Mosseri

29/02/2008

RAPPELLES-TOI DE TE SOUVENIR- Sam MEZRAHI

TEMOIGNAGE - Lucy & Avraham Calamaro

MA SORTIE D’EGYPTEPremière Partie - Marie Mosseri

Septembre 2014

DEUX ARTICLES TIRES DE MON LIVRE : L’EGYPTE QUE J’AI CONNUE

1- LEPLACEURENCHEF

(CHEIKH EL MOKHADEMINE)

Il est toujours tiré à quatre épingles, propre et rasé de frais. Son quartier général est le café du coin. Il est très sollicité et prend des airs importants. Son métier ? Faire travailler les autres. Pas n’importe qui : que des gens de maison. Entendez par là : Bonnes * et domestiques*. Ses clients ? Uniquement des khawagates*. Les Égyptiens, eux, n’ont pas besoin de lui pour s’en procurer. Donc, si vous avez besoin d’une bonne ou d’un domestique votre mari le lui fera savoir, souvent par l’entremise du garçon de café car il est, la plupart du temps, par monts et par vaux.

L’après-midi ou le lendemain il sonnera à votre porte en compagnie de la perle rare. Il conviendra avec vous des gages et, si l’accord est fait, l’entrée en fonctions est immédiate. De vous, il recevra une commission fixe, rubis sur l’ongle et autant à la fin du premier mois, si l’employé€ reste jusqu’à là. Ce dernier€ lui remettra aussi une certaine somme dès la première paye. En période de pénurie du personnel ou si le type est de mauvaise foi, il s’arrangera pour que le roulement s’accélère : autant de mutations, autant de commissions fixes ce qui est plus rentable mais moins honnête. Certaines fois, la jeune personne ne reste que deuxou trois jours. Il la placera ailleurs et vous en procurera une autre. Et, naturellement, vous devrez payer la commission fixe à chaque fois, ce qui finit par devenir agaçant.

Je me souviens d’un placeur grand d’environ un mètre cinquante, très large d’épaules, aussi gros qu’une barrique sur pieds. Il était habillé d’une galabeya* de soie, ceint d’une large ceinture de tissu pourpre, portant un caftan de prix et le chef recouvert d’un turban imposant. A une certaine époque, il commença à pratiquer ce genre de rotation rapide du personnel qui nous donna peine un domestique faisait-il connaissance avec les pièces de la maison qu’il l’escamotait aussitôt pour le remplacer par un autre. Mon père en eut assez et lui signifia de ne plus revenir.Dépité de perdre un bon client, il lui réclama des commissions imaginaires qu’on ne lui devait pas. Evidemment, mon père ne se laissa pas faire mais l’autre perdait son sang-froid et devenait de plus en plus odieux en faisant un scandale de tous les diables. Mon père avait de nombreuses qualités mais la patience n’était pas son fort et la mauvaise foi l’irritait particulièrement sans, cependant, le faire sortir de lui-même. Et pourtant, c’est ce qui arriva ce jour là.

Pour la première et la seule fois de ma vie, je le vis lever la main sur quelqu’un. L’autre se trémoussait devant lui et le provoquait à tel point en proférant des insultes, qu’il lui donna une gifle, une seule ! Je vis ce poussah perdre l’équilibre et dégringoler les étages en tournoyant sur lui-même comme une toupie. Il en conçut une telle frayeur qu’il disparut du quartier pour toujours. Mon père fut très mortifié d’avoir agi de la sorte surtout devant nous à qui il disait souvent : ″dans une discussion avec quelqu’un, ne lui fais jamais perdre la face″.Il chercha même à le dédommager mais le garçon lui apprit qu’il avait établi ses pénates dans un autre café éloigné.

-khawagates*. : pluriel de khawaga,enEgypte on appelait ainsi les européens

- galabeya* : robe d’homme portée par les autochtones.

-o-o-o-o-o-o-o-o-

2 - L’ENTREPRENEURDEPOMPESFUNÈBRES

En face de l’immeuble où nous habitions, à la même hauteur que notre appartement, vivait un entrepreneur de pompes funèbres d’origine grecque. Il avait son magasin et son bureau à quelques dizaines de mètres de là, dans la rue principale. C’était le plus gai luron de , dans son magasin, tout de noir vêtu, entouré des cercueils vides exposés pour que la parenté du défunt puisse faire son choix, il prenait une mine triste et compassée à croire qu’il faisait partie de , dès qu’il rentrait chez lui il trouvait, tous les jours, une table de fête dressée, une nourriture riche et variée accompagnée de vins et de liqueurs appropriés.

C’était toujours pour nous un spectacle de voir ce monsieur, arrivé chez lui avec une mine lugubre, se transformer aussitôt en clown, ameuter femme et enfants, les taquiner, rire, chanter et engouffrer une prodigieuse quantité de victuailles et de boissons. Etait-ce par réaction à son triste métier ? Pour la joie d’être, lui, en vie ou bien encore par satisfaction d’avoir réalisé de bonnes affaires ?Sans doute à cause de tout cela réuni.

Mai 2014

RAPPELLES-TOI DE TE SOUVENIR

de Sam MEZRAHI

Ce texte a déjà été publié dans ce Site le 14 octobre 2005. Je le copie icipour le plaisir de mes nouveaux Lecteurs car c’est un article plein d’émotion et de nostalgie qui ravive les beaux souvenirs de chacun de nous dans cette Egypte que nous avons tant aimé.

Merci Monsieur Sam MEZRAHI

JE VIENS DE RECEVOIR AUJOURD’HUI 27 AVRIL 2014 DE MONSIEUR SAM MEZRAHI LA DEUXIEME PARTIE DE CE MANIFIQUE RECIT, QUE VOUS TROUVEREZ APRES CETTE PREMIERE PARTIE.

C’était il y a plus de 50 ans et je me souviens… Pourtant, longtemps je me suis constamment efforcé de ne pas me souvenir.. Ne pas regarder en arrière, aller de l’avant, me reconstruire après l’exode…Oublier un passé qui m’avait tourné le dos. S’inventer un avenir, tenter de trouver de nouvelles racines, en effaçant les anciennes pour ne pas flancher. Surtout ne pas trébucher et rouvrir des blessures sentimentales dont on ne sait jamais le degré de cicatrisation.

Me voici au seuil de mes soixante ans et je me sens le courage de m’abandonner à la douce nostalgie du temps de mon enfance. Je pensais mes souvenirs estompés mais ils me reviennent en sarabande, par bribes, avec leurs senteurs avec leurs sons, les bruits et les odeurs dans le désordre comme un flash-back dont la mise au point floue se fait par degrés plus précise

C’est d’abord les quelques années qui ont immédiatement précédé notre expulsion d’Egypte en décembre 1956, à la suite de la guerre du canal de Suez, qui me reviennent. J’avais 7 ou 8 ans, et je revois l’Egypte pays de ma naissance et de ma prime enfance.Avec le ciel au Caire, le ciel d’avant la construction du grand barrage d’Assouan, d’une incroyable pureté qui prenait toutes les nuances de bleus depuis l’aurore jusqu’au crépuscule. Les nuages très rares, la pluie presque inconnue et les nuits étoilées.

Je regardais parfois avec ma sœur et les copains de mon âge, depuis le parking à voitures du Héliopolis Sporting Club, au loin, l’écran muet duPalace,le cinéma de plein airqui projetait des films américains en technicolor où nous allions parfois en famille manger du Sémit et gaibna avec un Pepsi pendant l’entracte. (petit pain rond au sésameaccompagné d’un morceau de fromage dans un papier huileux) Et je me rappelle du Héliopolis Sporting club qui me paraissait immense avec ses jardins pleins de fleurs de toutes sortes, bien entretenus comme les Anglais savaient les faire dans leurs colonies quand ils disposaient d’une armée de jardiniers rémunérés en monnaie locale .Car la livre égyptienne ne partageait avec la livre anglaise que le nom.

C’est là que j’ai appris à nager dans sa piscine de plus de 30 mètres, ses plongeoirs élevés, et les tables et parasols disposés tout autour où nous nous faisions servir les après-midi des collations délicieuses, les bains nous ayant ouvert l’appétit Et les terrains de tennis, tous en terre battue avec des ramasseurs de balles à disposition, enfants de nos âges qui n’avaient jamais connu l’école mais courraient pieds nus pour nous servir, sans qu’à l’époque je puisse comprendre ce que cette injustice avait de choquant.

J’ai souvenance des brises légères qui emportaient des parfums de jasmin, de bougainvillierset de roses dans l’air attiédi des soirées estivales de Ras el Bar, village de maisons en torchis, de huttes et de cabanes situé dans le delta du Nil ou nous passions les vacances d’été entre la mer Méditerranée et le fleuve.

Et les Locomadisdélicieuses friandises grecques que les vendeurs à la sauvette distribuaient le long des plages aux cris de ‘’Kiiiriac Konkanti Pistachi !! Avec des glaces italiennes élastiques et les limonades (gazouzas) ou Spathis. Il me revient aussi les litanies chantantes desvendeurs ambulants à Héliopolis que nous hélions depuis notre balcon de la rue des Pyramides. Souvenirs gustatifs surtout, mais c’est dans ces ages là que se forme le goût et les dégoûts.

Le vendeur de jus de réglisse, sa bonbonne en verre munie de son petit robinet accrochée sur sa poitrine avec une lanière de cuir, se servait de deux timbales comme de castagnettes pour se faire entendre au loin avec son cri( héérr è sousss). La canne à sucre ( assab) fraîche liée en fagots dans une petite charrette, le vendeur qui avec son couteau enlevait l’écorce dure pour nous donner le cœur tendre de la tige que nous mâchonnions ravis sur le balcon, le jus de canne dégoulinant sur le menton.

Et les portions d’Amar el Din (pâte d’abricot séchée) dont nous faisions des cornets dans lesquels nous glissions un glaçon pour ensuite en sucer la pointe.

Souvent nous dégustions le Caca chinois (bâtons de réglisse jaune) acheté dans un étalage de fortune au bas de la maison, assis au balcon en regardantle soleil couchant qui se fixait un instant sur la pointe des Pyramides au loin, du coté de Guizèh dans le poudroiement des sables du désert…ou était-ce le soleil levant je ne sais plus.

Je me souviens des vendeurs de figues de barbarie ( tin choki) et leurs charrettes à bras qui mettaient à rafraîchir leur marchandise hérissée de piquants sur des pains de glace et nous les épluchaient à mains nues pour quelques millièmes de piastre. Je revois les fruits de mon enfance, cultivés, je devrais dire élevés,sans autres engrais que le limon fertile du Nil, irrigués de façon ancestrale par son eau qui prenaient tout leur temps pour mûrir réchauffés par le soleil brillant d’Egypte. Leur goût incomparable que je n’ai jamais retrouvé bien que j’aie depuis, sillonné toutes les latitudes

Les melons d’Ismaïlia jaunes, gros et oblongs à la pulpe blanche et douce, qu’on servait préparés en tranches dans leur peau si fine qu’ils étaient difficilement exportés même dans les régions limitrophes.J’ai encore en bouche après plus de 50 ans la saveur des dates noires fraîches, les Balahs Ame’hate dont la peau fine se retirait sur un simple pincement des doigts, Je me souviensdes Palmiers dattiers altiers qui ponctuaient le passage du tram sous nos fenêtres et que nous apercevions depuis notre balcon avec encore des dattes rouges, les Zargloul, plus sèches que les noires ou marrons mais pas moins délicieuses.

Les fameuses mangues Alphonse douces sans âpreté, à la pulpe orangée sans filaments qu’on mangeait coupées en deux à la petite cuillère, dont je n’ai plus rencontré l’équivalent ni en Afrique ni en Asie ni aux Indes. Les grenades qu’on écossait rouges avec leur pédoncule blanc et nous préparait dans un bol d’eau de fleur d’oranger, les figues de toutes espèces, oblongues ou rondes, vertes, marrons ou brunes, les Batikh, pastèques énormes rouges et juteuses dont on faisait frire et salait les pépins pour les offrir en apéritif…

Les goyaves, fruit négligé de ce coté ci de la Méditerranée, les bananes sucrées, les oranges petites mais très juteuses, et ce fruit oublié que nous appelions les oranges amères, qui servait à faire des confitures comme la marmelade anglaise. Il y avait aussi les mandarines aux larges tranches, Youstafandi, les raisins de toutes les couleurs noirs, rouges, verts parfois sans pépins (enab banati) et les abricots (maichemaiche) que je remangerais, faile maichemaiche c’est à dire aux calendes grecques…

Je repense à la saveur des légumes, des tomates odorantes et fermes, les courgettes qu’on cuisinait souvent farcies de riz et de viande hachée, relevés d’oignions et de tomates, le fameux Mahchi Kossa,les aubergines, les cornes grecques (Bamia) que je cite pour mémoire mais que je n’ai jamais apprécié,les laitues aux longues feuilles craquantes et blanches avec leurs cœurs si délicieux, de la taille d’une grosse carotte, et les petits concombres acidulés.

Pour tuer le temps à l’heure des bavardages de fin d’après-midi, dans les cafés bruyants, on grignotait les pépins de pastèque noirs, ou blancs de tournesol et de courge , le lébb, qu’on recrachait élégamment par terre, les pistaches grillées (fostok) , les olives noires et vertes ( zétoun) accompagnées de fromage blanc salé, les cacahouètes à la fine pellicule, (foul soudani) , les termès jaune et fades qu’on servait dans de l’eau pour en attendrir la peau et enfin toutes sortes de légumes marinés de la tradition, les mekhaléls, que les adultes picoraient avec leur Zebib (Arak) ou leur bière Stella, le tarbouche de guingois et la chicha au bord des lèvres, jouant au tric-trac (backgammon) ou aux dominos.

Les rues étaient encombrées et sales, mais pleines de vie et d’activité, rythmées par les klaxons incessants des voitures américaines ou anglaises qui répondaient aux vociférations et insultes des âniers et charretiers d’un autre age, Aimchi Ya Ibn el Charmouta ! Et les dîners avec le pain Chami blanc et léger qu’on prenait pour saucer sans façons, dans le plat central, la Tahina (sauce blanche de sésame à l’huile), le Hommos au pois-chiche. ou le Babaghanouch aux aubergines. Je me souviens ausside ces aubergines lentement poilées à l’huile (bétingan merra’ade), la molloghéya soupe verte servie avec du riz blanc et du poulet cuit si délicieuse malgré son aspect répugnant pour les non-initiés.

Il y avait aussi le Foul médamès plat national égyptien, les grosses fèves marrons baignant dans leur jus avec de l’huile d’olive, du jus de citron, du cumin et des œufs durs, agrémenté d’oignon blanc et, le secret pour lui donner sa consistance et sa couleur, une poignée de lentilles jetées pendant la cuisson. Ces mêmes lentilles jaunes dont on faisait aussi une soupe délicieuse le AAttze

Les Falafels (Ta’méya) larges et plates qu’on trouve aujourd’hui partout, pâles succédanées, de New York à Londres en passant par Amsterdam ou Paris, les Kobébas arrosées de Tahina, avec des tomates coupées en petits dés qu’on fourrait dans le pain Chami ou le pain Baladi et les Koftas à l’oignions et au persil ou les Béléhates souvent en sauce accompagnées de pommes de terres poilées (batata séfrito)….

Pour les desserts nous avions le choix, les Sambousecks , les Ménénas fourrées aux dates, les Konafas aux pistaches ou à la crème de lait fraîche, (eichta) les baklawas farcies de fruits secs ou les Atayefs arrosées de sucre liquide, surtout pas de miel, les Asabigh bé Loz , pâte feuilletée fourrée aux amandes, enfin plus simple mais notre régal, la Halawa ou la confiture de roses avec de la eichtaCar le lait en ce temps là était frais, ni traité ni pasteurisé, vendu par des laitiers qui faisaient leur tournée en carriole tirée par un âne. Avec une louche ils puisaient au Rotoli ( mesure) et remplissaient nos seaux Safihs spéciaux en étains aux couvercles vissés. Mais ce lait délicieux donnait à profusion une lourde crème onctueuse et douce qui servait pour les desserts.

Les jours de fête nous allions chez Groppi au Caire, puisà Héliopolis où il venait d’installer une succursale, manger des glaces ou des gâteaux occidentaux, éclairs au chocolat ou millefeuilles, quand ce n’était carrément la virée, chez Mansoura installé lui aussi à Héliopolis. On me dit que Mansoura est à présent installé à Brooklyn ou il fait le bonheur de la diaspora égyptienne et les délices des américains

A Ras El Bar c’était les Fétiras du Fatayeri, sorte de pizzas sucrées qu’on se délectait de manger avec les mains. Les ballades sur le Nil à bord de la felouque de mon oncle Léon, avec son marin, le‘’barquier’’ comme on disait, traduction libre de l’arabe Marakbi,qui me prêtait la barre franche de bois rugueuse de temps en temps ou me demandait de faire contre poids, assis en rappel à l’extérieur du pont sur une large planche arrimée solidement au bastingage. Ya Bakhtaik ! quelle chance tu as !

Et ma fierté lors de ma première traversée du Nil aller-retour à la nage en largeur à 7 ans… et les ballades à cheval ou en dromadaire, parfois à dos de chameau ou simplement en croupe sur les ânes toujours présents et bons à tout faire.

En ce temps là, en Egypte les réfrigérateurs étaient plus que rares, d’ailleurs leurs moteurs importés étaient souvent en panne avec les à-coups imprévisibles de la distribution électrique locale, mais il y avait les glacières que les marchands ambulants alimentaient en pains de glaces, qu’ils montaient dans les étages sur leurs larges épaules pour quelques piastres. Evidement on ne connaissait pas les congélateurs, toutes les marchandises alimentaires étaient du jour, achetées sur les marchés permanents de plein air ou chez les vendeurs ambulants.

Il y avait aussi des mouches qu’on balayait nonchalamment avec les chasse- mouches de crins de cheval ou les tue-mouche en forme de tapettes qui écrasaient mouches, moustiques ou fourmis sur les tables servies sans que personne n’y trouve à redire. L’air chaud des appartements ne connaissait pas l’air conditionné, les ventilateurs fixés au plafond le brassaient dans un doux murmure mais les persiennes restaient closes pendant la belle saison jusqu'à la tombée du jour pour tenter de combattre la chaleur soporifique des étés Egyptiens. Pourtant les constructions d’alors savaient encore prendre en compte le climat et ménager des courants d’air.

L’eauque nous buvions venait des Gargoulettes ( Olla, cruche en grès) disposées dans les coins et qui en suintant lui maintenaient une fraîcheur étonnante

Les spectacles de marionnettes (Aragoze) se donnaient sous nos fenêtres pour quelques piécettes lancées depuis les étages, ou bien délivrées dans de petits paniers accrochés avec des ficelles qu’on déroulaient depuis les balcons,Il y avait aussi des programmes alternés comme le montreur de singe, ou les chanteurs et danseurs de rues, avec leurs pipeaux et leurs tambourins (Tarabokkas), leurs turbans et leurs cannes agités autour de la danse du ventre de danseuses dénudées et gracieuses.

A cette époque outre le français ou l’anglais selon le choix parental du modèle éducatif, nous parlions tous l’arabe car nous étions élevés par nos nourrices égyptiennes ( nos Daadas) qui ne s’exprimaient que dans cette langue. Le bus de l’école venait nous chercher le matin à 6h45 pour nous emmener au Lycée Franco-égyptien près de l’aérodrome d’Al Maza car on travaille tôt en Egypte pour éviter la chaleur de l’après midi ; mais c’est une chaleur sèchequi, bien que supérieure à celles que j’ai pu rencontrer en Afrique de l’Ouest ou en Asie, n’est pas aussi éprouvante car dénuée de cette humidité qui vous colle à la peau.

Et nous revenions vers 13h30 déjeuner légèrement pour nous préparer à la sacro-sainte sieste d’une heure ou une heure et demie, suivie par les devoirs à faire et ensuite, yalla bina, les jeux, les rires avec ma sœur, toujours maternelle à mon égard bien qu’âgée de seulement deux ans de plus que moi, les parents, les cousins Marcos, les voisins, les amis…

Pas de télévision bien sûr, ni même de radios intempestives, le téléphone était un luxe, simplement de temps en temps, le chant apaisant des muezzins appelant à la prière et rythmant nos journées cinq fois par jour.

Et je revois Alexandrie, l’élégance majestueuse de sa Corniche, sillonnée de calèches découvertes, ( arabiya Khantour)les plages populaires de Sidi Bichr et de Mandara ou celle plus élitiste de Agamibeaucoup moins fréquentée car plus éloignée, plus dangereuse avec ses courants qui picotaient les pieds des baigneurs et son sable éclatant de blancheur d’une texture si légère. On pénétrait sans appréhender le froid pour se baignerdans les eaux de la Méditerranée qui sont chaudes sous ces latitudes, et nous passions des heures à jouer sur les plages sous le regard bienveillant des parents et amis qui nous surveillaient du coin de l’œil.

J’ai de vagues souvenirs de la Cité des Tentes, aux pieds des Pyramides, où les riches Egyptiens invitaient leurs amis pour un pique-nique à la bédouine, assis sur des tapis disposés à profusion face aux monuments millénaires, pour des discussions où les mouvements de mains avaient autant d’importance que la voix, Il était aussi de bon ton de prendre le thé ( Chaiye) à l’anglaise ou le Café turc (Ahoua) qu’on commandait moyennement sucré (Mazbout) au Mena House, l’hôtel de luxe sur la route de Guizèh, face aux sables du désert.

Et je me souviens quand arrivait le Kamsin (Cinquante) le vent chaud du désert qui tous les ans soufflait quelques cinquante jours entre mai et juin et recouvrait la ville comme un brouillard d’une fine pellicule de sable, il fallait calfeutrer fenêtres et portes pour tenter, généralement sans succès, d’endiguer le sable qu’il transportait et qui s’infiltrait partout.

Les Egyptiens vivaient alors en bonne intelligence avec les autres communautés, les coptes, descendants de l’époque pharaonique qui étaient chrétiens, les Grecs orthodoxes, les Arméniens, les Turcs descendants de l’empire ottoman qui avait longtemps été la puissance tutélaire du pays, les Syriens, musulmans ou catholiques, comme du reste les Libanais, les Soudanais (Barbari) souvent employés aux taches subalternes et quelques français et anglais fixés là pour maintenir une présence après s’être disputés le protectorat de l’Egypte du temps de Mohamed Ali et s’être activés pour soutenir Montgomery contre Rommel pendant la seconde guerre mondiale. Les juifs avaient leur quartier spécifique, La Harte El Yehoud, dans le quartier des affaires du Mouski proche également du profond Bazar du Khankhalil, mais ils se mêlaient, sans se distinguer, à tous les autres.

Les différences étaient acceptées, et loin de provoquer des affrontements, permettaient un enrichissement, chacun se servant chez l’autre de ce qu’il y avait de remarquable dans sa pratique religieuse, sa culture ou ses traditions.Je me souviens de mes parents, me disant pour marquer une fatalité, Rabaina Kébir

En ce temps là l’Egypte était le phare culturel du monde arabo-musulman , ses films , comédies musicales, romances ou drames étaient diffusés partout dans le monde ou l’on parle arabe , et les acteurs jouissaient d’une popularité qui dépassait et de loin les frontières. Faten Hamama, Naguib el Rihani sorte de Raimu et Ismayil Yassin sosie de Fernandel ,Choukoukou, et la sublime Samia Gamalcomédienne mais surtout danseuse du ventre inégalée.

Ses chanteurs et chanteuses, Om Kalsoum , Farid el Atrach Habdelwohab, ou le jeune Abdel Halim Haffez étaient écoutés dans le monde entier et je suis resté, encore aujourd’hui, très sensible au charme de ces films populaires et de ces mélodies sentimentales.

Les fêtes religieuses des uns et des autres étaient respectées par tous, Ramadan, Kippour, Noël et notre préférée Cham el Nissim, la fête du printemps pleine, de fleurs et de bruits puisque les enfants étaient exceptionnellement autorisés à se répandre dans les rues en faisant claquer des pétards.

Il y avait peu de femmes voilées dans les villes, la religion pourtant omniprésente était bonne enfant, et la verve des Egyptiens, qui sont véritablement les méridionaux du monde arabe, pouvait se donner libre cours avec humour et légèreté.

Je garde aussi vivace le souvenir de la Citadelle ou les Mameluks avaient été exterminés par surprise un siècle plus tôt, qui était un lieu de visite obligatoire pour les écoles, où on nous montrait l’empreinte encore gravée sur la pierre d’un cheval avec lequel son cavalier s’était précipité du haut des remparts pour tenter d’échapper au piège.

Et nous aussi nous fûmes pris par surprise. La piteuse campagne du canal de Suez en 1956 a mis fin brutalement à cette douceur de vivre, les gouvernements français de Guy Mollet et anglais d’Anthony Eden n’ont pas mesuré les effets collatéraux de cette guerre avortée. Le président américain Eisenhower,sur injonction des Soviétiques a finalement imposé de rebrousser chemin alors que les troupes franco-anglaises avaient pénétré dans le pays et se trouvaient à une centaine de kilomètres de la capitale.

Dans la foulée, Alatoul, Nasser a expulsé la plupart des non musulmans qui vivaient là depuis des générations, en spoliant leurs biens, sans préavis, sans compensation et sans états d’âme.

Le temps a passé sur ces évènements, avec le recul on peut considérer que les changements étaient inscrits, inéluctables, et même s’ils ont été trop brutaux, nous eûmes, pour la plupart, de la chance dans notre malheur, la chance d’en réchapper sans avoir subi les atrocités qui sont devenues communes aujourd’hui.

Je garde ma tendresse au peuple égyptien , qui s’est montré en la circonstance fidèle à lui même, jamais sanguinaire et généralement ennemi de la violence quand il n’y est pas poussé par de faux prophètes.

Cela ne m’empêche pas de me souvenir de mes premières larmes dans l’avion des réfugiés de la Suissair qui emportait ma famille vers Genève, quand l’hôtesse de l’air m’a donné mon premier verre d’eau de l’exode, une eau minérale pétillante, au goût inconnu et désagréable pour l’enfant de dix ans que j’étais, j’ai alors pensé en larmes ‘’ tout va changer, même boire de l’eau sera une épreuve’’

Bientôt j’aurai soixante ans, finalement dans le voyage de la vie, je fus un passager émerveillé, navigant involontaire, ni maître du vent ni maître des voiles, sans connaître le but, la destination ni le port, en route pour la route, le voyage pour le voyage.

La guerre du canal de Suez en 56 a marqué le début du voyage, j’avais 10 ans. Je n’avais jusqu’alors connu que l’Egypte et son Histoire, le sommet des Pyramides était l’horizon que je contemplais de ma fenêtre d’Héliopolis, et ma vie s’écoulait au rythme des eaux du Nil qui coulent paresseuses au Caire pour aller épouser la Méditerranée que le grand fleuve prends entre ses deux bras à Damiette et Rosette.

Sam MEZRAHI

Reçu le 27 avril 2014 de Monsieur Sam MEZRAHI la deuxième partie de  :

JE MESOUVIENS

L’avion des expulsés, des apatrides, pour Genève et ensuite Paris, le froid exceptionnellement glacial de l’hiver 56, les queues des réfugiés que nous étions devenus devant les soupes populaires, la faim au ventre partagée avec les Hongrois fuyant le communisme et les Franco-marocains orphelins de la fin de la colonisation.

Nous étions vraiment démunis , les quelquestraveller’s chèque de Cook que les parents avaient pu emporter s’avéraient non endossables à Paris mais les institutions caritatives , aussi bien catholiques que juives (comme le COGASOR) ainsi que la croix rouge étaient rapidement intervenues et avaientpris en charge notre hébergement dans un petit hôtel familial situé dans une rue adjacente aux Champs Elysées, rue Galilée,L’Elysée hôtel ,tenu par un couple de Suisses placides Mr et Mme Guayqui cherchaient avec patience à expliquer à cette horde tumultueuse, car l’hôtel n’était peuplé que de réfugiés,les règles de la bienséance à la française

Un petit pécule remis par je ne sais quiaux chefs de famille nous permettait de faire un repas par jour, le midi. Nous allions tous en procession au self service de et pouvions nous offrir là du poulet frite sans boisson ni entrée ni dessert.et rapportions une portion à ma Grand-mère invalide qui ne pouvait se déplacer.

Le petit déjeuner et le diner consistait en cafés au lait, réchauffés clandestinement dans les chambres d’hôtel au mépris du règlement avec une petite résistance électrique, accompagnés de pain baguette et de fromage ‘’Vache qui rit’’ ou ‘’Vache sérieuse’’

Ma mère pour se concilier les bonnes grâces du couple Guay, donnait des leçons gratuites d’anglais à leur petite fille, et les Guay finalement pleins d’humanité envers ces refugiés,fermaient les yeux sur les trafics et va et vient de baguettes, fromage et lait qui circulaient entre les étages alors que la nourriture était interdite dans les chambres.

L’Etat françaisavait à l’époque de la sollicitude pour les malheureux refugiés fuyant leurs pays d’origine. Nous reçûmes une subvention de logement et un accès à une HLM de Clichy, un F3 pour loger les onze personnes de la famille qui s’étaient enfuis d’Egypte ou plutôt qui en avait été expulsés sans ménagement et sans délai... Je me souviens des lits Gigogne qu’on dépliait sur le sol en linoléum pour dormir plus ou moins entassés sur toute la surface de l’appartement, y compris le coincuisine. Les enfants de l’oncle Jacques, le frère de mon père étaient plus jeunes que nous Roland l’ainé deviendra un grand médecin endocrinologueet ses sœurs, Viviane chercheuse au CNRS et NicettePharmacienne de laboratoire, tous les trois scientifiques de haut niveau.

Pour le moment, l’école étant obligatoire, nos parents s’étaient empressés de demander notre inscription en tant que pensionnaires, pour s’assurer que nous pourrions être hébergés dormir au chaud et manger trois repas par jour. L’administration française toujours pleine de ressources, nous avait trouvé un établissement dans l’Oise, le Collège Cassini à Clermont de l’Oise ou on avait pu nous caser, tous les cinq, Roland et ses sœur, ma sœur et moi, bien que ce soit le début du second trimestre. Les frais de pension étaient pris en charge par l’Etat les pensionnaires devant néanmoins apporter leurs drapset leurs livres et cahiers de classe, mais nous n’avions rien, pas même de quoi acheter un crayon. De nouveau la compassion du gouvernement s’était manifestée peut être aidée par quelques œuvres charitables je ne sais plus, mais le fait est qu’en arrivant au Collège tous les enfants refugiés, Hongrois, Marocains, Egyptiens avaient reçu des livres et des cahiers neufs, une trousse d’écriture, et un trousseau comprenant deux draps une serviette de bain et une blouse grise, uniforme obligatoire pour tous.

Souvenons-nous, c’était en Janvier 1957, voila comment la France accueillait les étrangers à la dérive, en ouvrant ses bras protecteurs, en leur donnant une chance de s’en sortir, de se redresser, de se tenir debout, une chance de devenir Français à part entière.

Jamais je n’oublierai ce que je dois à la France, ce que nous devons tous à la France généreuse et humaine de 1957 fidèle à sa réputation de terre d’asile et de liberté et qui avait alors les moyens de manifester sa solidarité avec les réfugiés qui venaient frapper à sa porte.

Par la suite quelles que soient les vicissitudes que j’ai eu à traverser, jamais ma gratitude envers la Franc ne faiblira et quand il s’agira de faire mon service militaire en 1965, bien qu’on m’ait proposé un moyenimparable d’y échapper je n’hésiterai pas une seconde considérant que je devais cette maigre contribution de 16 mois de ma vie et de ma jeunesse à ce pays qui nous avait sauvés avec toute ma famille.

Plus tard , beaucoup plus tard porté par les hasards de la vie à la direction d’une importante société de Commerce international , j’ai eu plusieurs sollicitations pour m’installer a l’étranger afin de diminuer la pression fiscale énorme qui ponctionnait les trois quarts de mes revenus mais là encore j’ai refusé , car je me considère comme redevable à jamais vis a vis de la France mon pays , ma Patrie.

Pour revenir au Collège Cassini début Janvier 1957 je viens d’avoir 11 ans, je rentre en sixième dans un monde nouveau, séparé de mes parents pour la première fois, maitrisant moyennement la langue, sans repères, totalement étranger à la vie de mes petits camarades de classe, déstabilisé par la classe mixte avec toutes ces petites fillesce qui aurait été inimaginable en Egypte et avec un trimestre de retard sur un programme déjà largement plus évolué que celui que nous suivions en Egypte

La France nous avait pourvus de draps et de livres mais pour le reste nous devions nous débrouiller avec nos habits habituels, qui n’étaient pas adaptés au froid rigoureux de cet hiver 56/57 resté dans les mémoires par les déclenchements des appels à la solidarité de l’abbé Pierre. On arrivait à se protéger du froid en glissant des feuilles de papier journal sous nos chandails mais les extrémités, pieds et mains mal protégés déclenchaient souvent des douleurs difficiles à supporter. Les chaussures de carton mâché achetées en Egypte, pays du soleil résistaient mal aux conditions locales et le manque de gants faisaient despromenades imposées du jeudi un véritable calvaire.

Notre arrivée avait suscité la curiosité des élèves, mais nos accoutrements étranges et notre français approximatif avait transformé cette curiosité en une sorte d’hostilité silencieuse, exprimée par le dédain ou l’indifférence. Il n’y eut pas de guerre déclarée,les enfants réfugiés étant en nombre suffisant pour contenir une attaque frontale, mais le rejet plus ou moins exprimé eu pour effet de nous ostraciser, et jusqu'à la fin de l’année scolaire il y eu peu d’échanges entre les deux groupes.

Pourtant c’est dans ce Collège que je suis tombé amoureux pour la première fois, c’était une petite fille de mon âge, aux longs cheveux auburn et aux incroyables yeux bleus, éclatants et lumineux. Elle s’appelait Jeaffrin, c’était son nom de famille, je ne me souviens pas de son prénom, car elle ne m’a jamais adressé la parole bien qu’étant en sixième, dans la même classe que moi. Je la regardais à la dérobée, trop conscient de mon état inférieur, mal dans ma peau, petit étranger maigrichon pas encore monté en graine, face à cette poupée qui était demi-pensionnaireet donc habitante du coin, bien intégrée dans son élément, à l’aise et sure d’elle au milieu de ses copines qui riaient sous cape dans la cour quand elles me rencontraient presque toujoursgrelottant et solitaire incapable de les aborder.Peut être que si j’avais engagé la conversation, nous serions devenus amis, mais je sentais confusément que tout nous séparait. Alors ces amours enfantines déjà douloureuses car non partagées pour ne pas dire totalement ignorées, m’ont tout de même été bénéfiques, car par orgueil ou par défi , pour briller aux yeux de cette petite princesse inaccessible , je me mis a l’étude avec rage et détermination , pour apprendre et savoir mieux que les autres , pour rattraper mon retard et forcer l’admiration.

Nos parentsne disposaient pas de moyens suffisants pour que nous puissions comme les autres pensionnaires prendre le train etrentrer chez nous chaque semaine , et donc nous passions les fins de semaine au Collège en partageant bien involontairement le sort des élèves punis en retenue , interdits de sortie . Nous avions le droit de déambuler dans le vaste préau, je me souviens aussi de quelques promenades dans les campagnes environnantes en ram c'est-à-dire en rangs serrés jusqu’aulieu de destination ou l’on nous permettait de nous ébattre quelques temps avant de reformer les rangs pour le retour.Le reste du temps c’était la salle des Etudessous la surveillance de pions qui interdisaient le moindre bavardage.

Mon père entretemps s’était vu offrir un poste de sous directeur de Banqueà Alger seul poste possible lui avait-on affirmé alors qu’il ne cherchait qu’a fuir les pays instables et que celui-ci était en pleine guerre d’indépendance. Il avait bien été obligé d’accepter malgré les dangers encourus. Ma mère l’avait rejoint et ensemble ils nous avaient écrit que nous pourrions les rejoindre avec ma sœur à la fin de l’année scolaire.Cette perspective avait suffit à transformer mes épreuves du moment en une sorte de parcours initiatique vers un paradis programmé.

Le vent m’a ensuite porté vers Alger en 57 en pleine terreur de la guerre d’indépendance, les bombes sournoises et assassines dans les lieux publics, les espoirs du 13 mai 58, au Forum d’Alger dans une foule en liesse et la suite… la désillusion, le Putsch d’Alger, les Paras à l’école, les convulsions d’une époque qui se meurt, l’OAS, la dérive…

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